Otto STEIGER

234 pages
Editions du Griot (1995)
Spurlos Vorhanden (mot à mot : Existant sans laisser de trace) (1980)
Traduit du suisse allemand par Olivier Barlet

l'homme effacé steigerQuatrième de couverture
Une homme s'enfuit de chez lui et cherche à être admis dans une clinique psychiatrique. Est-il vraiment malade ? Pourquoi veut-il " s'effacer " ainsi : est-ce par inadaptation à vivre dans la société ou parce qu'il est accusé d'avoir volé une importante somme d'argent ? Mais est-ce bien lui le voleur ?
Sa déviance est un élément à charge et, pour regagner sa liberté, Benjamin Stab plaide coupable. Est-il victime de son envie de vivre comme il l'entend, ou bien un opportuniste puni à juste titre pour sa lâcheté et son incapacité à voir les choses en face ?
Cet " homme effacé " n'est pas un  rebelle, il n'a pas voulu sa chute, mais il la provoque par son refus d'entrer dans la norme. Sa différence dérange, ses raisons ne sont pas raisonnables. Pourtant nous les comprenons car elles pourraient être aussi les nôtres.

Admirablement servi par une écriture caustique et limpide, ce roman s'oppose aux immobilismes de la société suisse contemporaine et s'inscrit en faux contre les idées reçues.

L'Homme effacé est l'oeuvre d'un non-conformiste au style décapant, nommé Otto Steiger.

Bio : Otto Steiger est né à Thoune (canton de Berne) en 1909 [et décédé en 2005 à Zurich]. Auteur d'une oeuvre considérable traduite en plusieurs langues, mais reconnue tardivement en Suisse en raison de son ouverture au dialogue idéologique avec l'Europe de l'Est, il fut violemment attaqué pour ses opinions et son oeuvre fut bannie des pages littéraires des journaux. (source : le culturactif.ch).

Mon avis

L'illustration de la couverture d'Edouard Morel reflète bien le livre : l'homme qui a peur, qui s'efface, le beau-père qui l'accuse, l'armée et la justice.

Le titre en allemand est explicite, comme l'explique le traducteur Olivier Barlet : " Spurlos Vorhanden, jeu de mots sur Spurlos verschwunden (disparu sans laissé de trace) ; mot à mot donc : Existant sans laisser de trace. " (page 8) (et une couverture suisse)

l'homme effacé steiger CHDeux narrations : le narrateur et le héros. L'homme se voit de l'extérieur, ce qu'il traduit en racontant sa vie à la troisième personne. Récit dans les années 50-60, avec des passages de son enfance.

La Suisse est un pays très normé, où l'on très respectueux des règles (et plus encore dans les cantons alémaniques). Et là, un homme, sans se rebeller, s'oppose " par honnêteté " aux normes. En autre, à la " milice " c'est-à-dire aux semaines de service militaire obligatoire chaque annéee (là, trois semaines, de nos jours, 2 si mes souvenirs sont exacts). Et du coup, il est catégorisé, rangé dans une autre case par les autres comme " rouge, communiste ".

Bref, un livre là aussi étrange.
Points communs avec Un Homme effacé d'Alexandre Postel : la similitude du titre, un homme seul, qui vit pas en marge, mais comme à l'extérieur du monde.  Un livre étrange. Mais là, j'avoue que j'ai assez moyennement aimé, m'ennuyant quelque peu, du coup, quelques pages lues en diagonale, mais jusqu'au bout, me doutant d'un retournement qui arriverait à la fin.

Info supplémentaire : il existe une pièce de théâtre intitulée Un homme effacé de Michel Ouellette au Canada.

chez Denis Bonheur de Lire