Fredrik EKELUND

240 pages
Editions Gaïa (2012)

Pojken i eken (idem), traduit par Philippe Bouquet

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Quatrième de couverture
Hjalmar Lindström, flic d’une cinquantaine d’années, appartient à la génération dorée d’une Suède Etat-providence.La ville de Malmö a connu une expansion rapide avec une forte immigration, et une importante communauté musulmane s’est constituée dans la plus grande ville du sud de la Suède. La « Marseille suédoise » a aussi son club de foot mythique : en fervent supporter du Malmö FF, Hjalmar refuse de voir son équipe descendre en deuxième division, ce qui semble pourtant inéluctable…Yasmina Said, une jeune Palestinienne issue d’une famille immigrée, est retrouvée assassinée à sa sortie de boîte de nuit. 
Hjalmar, accompagnée de Monica, une Coréenne adoptée par des Suédois, est amené à enquêter dans la banlieue de Malmö, la famille de Yasmina, et une communauté gagnée par l’islamisme radical. La police penche pour le crime d'honneur.
Mais Monica, féministe et indépendante, lutte contre les préjugés rampants. Voilà de quoi bousculer le placide Hjalmar...
Premier épisode d'une série addictive, Le Garçon dans le Chêne est un polar social qui nous présente la Suède sous un autre jour.

Fredrik Ekelund est né en 1953 en Suède. Entre deux voyages en Amérique latin et une escale à Paris, il réside à Malmö. Fredrik Ekelund a écrit une dizaine de pièces de theâtre et publié treize livres. Beau parcours pour quelqu'un qui ne projetait pas de devenir écrivain lorsqu'il était jeune, mais plutôt footballeur. Reconnu en Suède comme écrivain de la classe ouvrière, il est un auteur de polars de la meilleure veine.

Mon avis

Un polar social ! Retour aux fondements ? Maj Sjöwall et Per Walhöö ont écrit dix polars (de 1965 à 1975) décrivant l'envers de la Suède, société policée.

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Je copie ici un extrait de la notice wikipédia qui décrit mieux que je ne pourrai le faire pourquoi ces deux auteurs ont commencé à écrire :
" C'est dans ce cadre idyllique en apparence, que dix ans durant — et dans autant de romans écrits à quatre mains — Maj Sjöwall et Per Wahlöö vont s'ingénier à montrer l'envers du décor, toutes les déviances traditionnellement passées sous silence, mais dont l'existence même prouve, à leurs yeux, que le fameux « modèle suédois » n'est qu'un leurre à bien des égards.
Pour reprendre une expression de Robert Deleuse in Les Maîtres du polar (Bordas, 1991), l'œuvre du couple scandinave est une « scannerisation de la société suédoise ». Per Wahlöö définissait le travail de son épouse et de lui-même comme « un scalpel ouvrant le ventre d'une idéologie appauvrie et exposant la morale discutable du pseudo bien-être bourgeois ». "

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Et là, on est en plein dedans : un policier dont le couple bat de l'aile, une jeune policière qui en veut, des communautés qui coexistent et se connaissent peu, avec préjugés sur " l'autre ". Tout me rappelle les origines du polar selon Maj Sjöwall et Per Walhöö. Et qu'a repris Henning Mankell plus tard (voir d'ailleurs à ce sujet la présentation qu'il en fait dans les premières en introduction de Roseanna, le premier de la série de dix des deux écrivains). Bref, tout n'est pas rose au pays d'Ikea et Fifi Brindacier ! Et comme dans Roseanna (entre autres), l'enquête est longue avant la résolution, pierre après pierre, le mystère s'éclaircit.

Un exemple de la vision désabusée du héros, Hjamar Lindström de la société, celle sur la justice (pages 113-114) :
Rien ne pouvait l'étonner, désormais, en matière de législation, d'avocats, de procureurs et de procédures. Il estimait que tout était possible et la grande question était de savoir pourquoi un petit rouage de la machine juridique comme lui - simple terrassier au pied de la montagne - avait encore la force de réunir ces faits, ces détails et preuves, procès après procès, alors qu'avocats et procureurs se fichaient totalement de lui et de ses collègues. Il était membre de ce prolétariat de l'enquête qui faisait tout ce qui était en son pouvoir pour favoriser la manifestion de la vérité. Et c'était cela qui l'irritait le plus, à savoir que cette dernière ne semblait revêtir aucun intérêt et laissait la place à un charabia bureaucratique autarcique, un quitte ou double à la mode du jour dont les participants étaients si éloignés du crime qui les avaient réunis dans la salle d'audience qu'il ne restait plus trave de souffrance, de culpabilité ou de mort dans leur langage ni dans leurs gestes. Ce qui s'y passait n'avait plus rien à voir - à supposer que c'eût jamais été le cas - avec le désir de découvrir la vérité. Ce n'était qu'un jeu de rôles dans lequel le prestige et l'ambition l'emportaient.

Quelques " clichés " à retenir : le sauna, présent dans les piscines (quel régal que de mélanger sauna, douche froide et natation !), la viande danoise, jugée meilleure selon un personnage et le café, que l'on boit à longueur de journée (café léger, par rapport à celui que l'on boit en France).

Bref, un bon polar. Sans plus. Un premier livre. J'attends les suivants pour voir si cette série est addictive comme le promet la couverture.

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